The Murderer
Ecrit par Edwige le 2011-08-11
Au chasseur succède un tueur
En mai dernier, à Cannes, le film s'intitulait The Yellow Sea. Pour sa sortie nationale, le film a été rebaptisé The Murderer (et "The Yellow Sea" est passé en sous-titre). En changeant le titre ainsi, les distributeurs s'adressent sans aucun doute aux fans du long-métrage précédent : The murderer est le deuxième film du réalisateur coréen Hong-jin Na, sorti deux ans après The Chaser qui avait rencontré un certain succès.
Observez la ressemblance entre les deux affiches (françaises) : un homme, pris en chasse, tente de s'échapper en courant. Dans un cas (The Chaser), il s'agit du tueur, dans l'autre cas (The Murderer), il s'agit d'une victime (tueur à ses heures, mais personnage traqué avant tout). Sur les deux affiches... c'est le même acteur ! Les deux films sont en miroir... Hong-jin Na reprend les mêmes ingrédients, secoue le tout puis redistribue les cartes pour ce long-métrage à l'univers très différent du premier, dans lequel il s'amuse à inverser les rôles de manière assez subtile, car entre traqueur et traqué, la frontière est mince. Hong-jin Na brouille les pistes, évite ainsi toute forme de manichéisme et nous propose une "variation sur le thème" tout à fait plaisante.
A l'atmosphère glauquissime de The Chaser succède une toute autre ambiance, un regard différent, plus humaniste. The Murderer brosse le portrait d'un personnage ancré dans un contexte social spécifique. Le début du film se situe à l'est de la Chine, juste au dessus de la Corée du Nord où vit une communauté coréenne enclavée au bord de la "mer jaune". A la recherche d'une vie meilleure, de nombreux "Joseon-Jok" souhaitent émigrer vers la Corée du Sud. C'est le cas de la femme de Gu-nam, partie y vivre grâce à l'achat d'un visa à prix d'or dont le remboursement s'avère un peu compliqué. Initialement chauffeur de taxi, Gu-nam se transformera en tueur pour recouvrer ses dettes et affrontera un destin scellé d'avance, en se débattant au cœur d'une horrible machination. Au fur et à mesure, Gu-nam se transforme en animal traqué, arraché à ses racines et réfugié dans son terrier, victime collatérale d'un système qui le dépasse. En cela, "The Yellow Sea" aurait été un titre plus adapté car représentatif du no man's land, dans lequel le personnage évolue.
La mise en scène, d'une grande vivacité (découpage ultra efficace, multiplicité des plans de détail, sons ambiants, sensations d'angoisse et d'enfermement, ellipses), nous propulse en deux temps, trois mouvements au cœur de l'action. Course-poursuites, bagarres, provocations, machinations, tous les éléments y sont, le contrat est rempli. Bref, du grand art coréen, avec une petite touche de nouveauté sur le début. C'est d'ailleurs la force de The Murderer : d'être au croisement de plusieurs genres (film noir, film d'action, thriller), et de comporter certains traits du domaine du documentaire. J'avais vu le film à Cannes en mai dernier, et bizarrement je n'en avais retenu que la partie film d'action. J'étais sortie de la projection quelque peu déçue. En revoyant le film récemment, j'ai été emportée par cette première partie, puissante grâce à ses décors, ses acteurs, ses couleurs, ses bruits. Il y a là quelque chose de novateur, qui enrichit le style déjà bien connu et pratiqué depuis la trilogie Park Chan-wook.
Bien que les nœuds de l’intrigue soient difficiles à démêler (je dois avouer qu’il m’a fallu deux projections pour tout comprendre) et que certaines parties ne soient pas clairement élucidées ou prêtent à confusion, le film est une vraie réussite et le réalisateur confirme son talent. Vivement la suite !





