Voyez comme ils dansent
Ecrit par Edwige le 2011-08-11
Une fois n’est pas coutume, je me suis aventurée hier soir à aller voir le dernier Claude Miller : «Voyez comme ils dansent », le genre de film français que j’ai pourtant tendance à éviter. Mais tout bon cinéphile se doit de réviser son jugement régulièrement.
Quelques mots sur le pitch, un peu convenu : Lise (Marina Hands) est blonde, ingénue (voire carrément nunuche), peu affirmée. Alex (Maya Sansa) est brune, dotée d’un caractère bien trempé, débrouillarde. Les deux ont connu Vic (James Thierrée), enfin Clément, enfin ça dépend, c’est en fonction. Vic (devenu Clément) est un artiste magnétique et ténébreux (un mix entre Romain Duris et Jim Carrey, marrant). Vic-Clément, donc, personnage gentil-cynique, calme-colérique, cérébral-manuel (là aussi, c’est au choix), se paye le luxe de vivre deux vies très différentes avec deux femmes très différentes aussi, dans deux endroits vous l’aurez deviné… très différents. Puis il disparaît mystérieusement. La rencontre d’Alex et Lise permettra, à travers leurs souvenirs respectifs, de découvrir les (multiples) facettes du personnage. Le tout saupoudré de dialogues du type : "tu fais juste une crise d’hypoglycémie, il faut que tu bouffes du sucre et des pommes de terre" (ce à quoi le personnage répond : "tu peux m’amener une pomme de terre ?"), ou "la neige, c’est la chance", ou encore "pourquoi filmez-vous ma nuque ?" (réponse : "la nuque, c’est touchant").
Bref, sur le papier, c’est sympa, mais en vrai, ça ne fonctionne pas vraiment. Le scénario est cousu de fil blanc, les personnages manquent de profondeur, quant au procédé narratif, disons qu'il s'agit de rushes tout mélangés et ensuite montés bout à bout en forme de puzzle, à la manière d’un David Lynch peu inspiré et tout mou du genou. Mais la cinéphile volontaire et enthousiaste que je suis a tout de même noté quelques points d'intérêt non négligeables, jugez par vous mêmes. Tout d'abord, signalons la présence d'une sublime scène d’ouverture : James Thierrée en show man, tout en cheveux ondulés, filmé sur scène entre ombre et lumière, face aux projecteurs. C'est court, mais beau. Ensuite, l’éventail de paysages canadiens bien filmés (caméra au ras de l'eau, lacs gelés, petites fleurs, gouttes d'eau) se laisse bien regarder. Autres arguments de choc : la transformation de Marina Hands en une sorte de Judith Godrèche (assez étonnant), et la prestation (plus convaincante) de Maya Sansa en brune vindicative. Attention je vous vois venir : une blonde et une brune qui passent la nuit sous le même toit dans un délire initiatique commun et qui mettent progressivement de côté leur différences jusqu’à ne devenir qu’une… STOP !! Ne rêvez pas, je vous l'ai dit plus haut, c'est du Lynch tout endormi ! Allez, consolez vous, on voit tout de même deux belles paires de seins (dans deux scènes bien distinctes, eh oh, arrêtez maintenant !).
Pour conclure, disons qu’on sort de ce film avec une vague sensation de gâchis : il y avait une belle idée, des décors magnifiques, de très bons comédiens, une atmosphère particulière (notamment grâce à l’aura de James Thierrée), mais tout cela tourne en rond. Bref, c'est agréable, mais un peu vain, et dans l'ensemble peu convaincant. Dommage, vraiment.





